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Ville sans titre. 2 vues. Sculpture puzzle en fonte d'aluminiun.

 
 
 

EU, la Chapelle des Jésuites.

CHAIRE, Chaire.

Y entrer, regarder et voir là que notre monde y a laissé des richesses, du savoir faire, des œuvres, des chefs d'œuvres.
C'est là que commence le travail, respecter les silences de ces passés glorieux, emprunts de religions, de paroles divines et de psaumes séculaires, de relations aux cieux.
Puis regarder les rythmes de cette architecture, voir comment une construction éphémère pourrait prendre sa place sans gêner le passé. Penser le présent, avec comme outil premier ce lieu.

L'art contemporain aime généralement, du moins dans des pratiques commerciales cultivées, s'inscrire dans de magnifiques salles blanches. Cette neutralité architectonique permettant aux marchands de proposer
la contemplation sans parasite. Mon invitation ici fait suite à quelques expériences où les « parasites » furent les déclencheurs de l'idée première. Les contextes historiques et architecturaux des espaces investis nourrissant les formes inventées.

Cette fois, dans cette chapelle, l'invention s'appuie sur une idée de miroir, un reflet tri-dimensionnel. Reconstruire une Chaire en vis à vis de celle qui est installée là. S'amuser des équilibres avec des matériaux et des façons qui n'ont rien à voir avec l'original.
Penser cet espace damé de blanc et de noir, faire en sorte que cette chaire munie d'un escalier vienne se frotter au sol de cette nef. Penser à ce meuble ancien, quand l'ecclésiaste y prenait place pour communiquer la bonne nouvelle au dessus de ses paroissiens.
S'amuser de la désuétude de cette fonction mobilière disparue. Construire cette présence, le temps d'une exposition, le temps d'entrer
et de regarder comme je l'ai fait la première fois.

JL. 2012

 

La Borne, Le Pays où le Ciel est toujours bleu.

Les ponts, 2011 Bois, colle. 2011.

S’installer au bord de l’eau, un fleuve, des rives. Depuis le début des transhumances les cours d’eau furent des obstacles, parfois même des monstres rugissant leurs crues. Je pense que les fleuves furent regardés depuis des milliers d’années avec respect et crainte. De l’aide au transport des marchandises aux pêches nourricières l’eau n’a pas été qu’un obstacle. Cependant, ces frontières naturelles dessinèrent notre vieux continent avec certaines malices. Puis des ponts et autres transbordeurs sont venus au fil de nos économies couvrir nos géographies. Des villes sont nées de simple ponts, quelques guerres pour des passages aux pouvoirs commerciaux et stratégiques puissants laissent encore aujourd’hui quelques traces.. Saint Avertin me fait penser à tout cela, lieu « nœud » de passage, l’eau, les flux, les ponts. Une concentration de réseaux pour un petit village déjà ancien qui absorbe un peu malgré lui les proximités nouvelles de la grande ville voisine. Les ponts autoroutiers couvrent maintenant les paysages, de ces viaducs difficile de voir ce qui est enjambé. Le conducteur actif pense à ses points et ses voisins auto-mobilisés. Les paysages ont disparu de ses visions de voyageur. Pourtant là, en quelques secondes, il vient, où va passer la Loire et le Cher... autant dire pour un homme d’il y a à peine quelques dizaines d’années un événement digne d’un pèlerinage !

Je pense donc à tout cela quand je construis. Je ne fais que passer, je regarde et j’interprète. Tenter d’évoquer une sensation que j’ai pensée, tenter de raconter sans caricaturer. Jouer presque comme un enfant qui n’a d’adulte que son histoire et sa mémoire. J’aime à citer le philosophe Michel Serres qui nous invite à prendre conscience de la révolution cognitive générée par la révolution de l’information. L’homme externalise sa mémoire grâce aux nouvelles technologies. Je pense que mes fabrications sont des morceaux de ma mémoire, que mes analyses visuelles et sensibles d’un lieu, d’un territoire, se retrouvent dans une ou des constructions volumétriques, et si les envies le permettent, artistiques.

J.L. 2011

 

13 à Table

Printemps été 2010, musée Napoléon.
Fin de carrière de dictateur, sur une île en attente d'Amérique, Napoléon est là. Cela ne sera que le royaume anglais de Sainte-Hélène, le final d'un monde. Se jouer de ce transit forcé, le regarder avec nos actualités.

Attendre son avion avec un baluchon, n'être qu'un sans-papiers, qu'un autre.

Etre devant le transport, et ne plus avoir le choix, un « partir » anachronique dans ce musée et cette salle qui raconte un exil triste et mortifère.
N'être plus qu'un petit homme de bronze, ridicule, expulsé.

JL, 2010.

 

13 à Table

Hiver, été 2010, fort Liédot.
Il est des saisons où rencontrer des paysages, des lieux, des congénères humains différents a plus de sens.
C'était donc la bonne saison.
Construire avec quelques restes de tempête une architecture, un édifice dans l'édifice. Que celui-ci s'offre frontal, qu'il soit grand. Que le dialogue avec le fort Liédot soit tenable.
Ne pas s'inquiéter de la durée, ne pas s'obliger à faire du durable. Juste passer, respirer, se remplir de cette architecture militaire, choisir sa place... au fond à droite, là où il y a un escalier. Pouvoir voir cet objet de haut, multiplier les angles de vues.
Réunir ce qui n'est que du déchet, l'organiser presque comme un peintre, mettre de l'harmonie dans les couleurs et les volumes. Construire avec une scie et de la colle, rien que du fragile qui tient.
Un palais, une ville, un château un peu féerique, mais dynamique, énergique, presque en mouvement. Il sort du mur, de cette petite voûte, il en est presque expulsé.

JL, 2010.

 
Regarder et analyser notre monde.
Une activité première.

Il y a donc des faits que des paysages viennent symboliser; Il n'y a pas de désir de captation cleptomaniaque, pas de défi aux lois du faire. Juste une observation de voyageur: Je suis dans un train, et je vois notre quotidien d'humains occidentaux.

Certains paysages s'imposent à ma mémoire. Toutes les sources sont bonnes pour cela. D'ailleurs pas besoin de faire de gros efforts pour se noyer dans les images, il suffit d'un bouton « on », d'une promenade, ou encore d'une visite dans quelques songes.
Un certain romantisme n'est pas loin, je le sais. Mais il faut avant tout respecter ma volonté d'intégrité, de réalisme pensé et analysé dans les sujets choisis. Plus j'avance et plus le choix est un aboutissement qui demande du temps, ou plus exactement une concentration. C'est ce que je tente depuis maintenant quelques années; Une petite plongée dans les constructions, les villes sans nom, évocatrices seulement. Des campagnes mécanisées, des machines à tout faire sur la route, avancer jusqu'au bout du terrain, de la plaque, du plan, de la surface. Un petit monde sur quelques centimètres carrés.

Notre environnement est aussi ainsi, absent et presque sans vie; Une bombe, un paysage foudroyé après le feu mondialisé. Une poésie tragique, ratée, brûlée à moitié, une histoire qui s'arrête là.
Pas une face cachée, ce que je sculpte à l'échelle de jouets assume des ressemblances, des souvenirs, une latence paysagère, une madeleine de Proust à l'envers, juste pour rire aussi. C'est aussi un choix, les jouets, l'enfance, le retour à une échelle infantilisante, c'est aussi du plaisir.

JL, 2008.